• lundi, 20 novembre 2017
Mon expérience à bord du Transsibérien

Mon expérience à bord du Transsibérien

Tout d’abord, pourquoi avoir choisi de voyager en train à bord du Transsibérien?  On avait envie de vivre le début de notre voyage en prenant notre temps, en étant dépaysé mais progressivement. Voyager à bord de ce train mythique est tout simplement une expérience en soit. Contempler les paysages, s’allonger sur son lit, lire, rencontrer des gens, manger quand on a envie… Tout ça on va essayer de vous le raconter jour après jour.

Lundi 18.08.2014

Nous quittons notre auberge à 22h avec notre paquetage complet, les billets électroniques du train en poche. Après 3 stations de métro, nous arrivons à la gare Yaroslavsky, où on embarquera à bord du transsibérien pour un périple de 5185 km en 4 jours et demi . Première difficulté de la soirée : trouver les guichets pour changer nos billets électroniques contre les vrais.

On commence de regarder les panneaux, on se promène de gauche à droite (comme on ne savait pas vraiment comment s’y prendre, on s’est dit qu’on se pointerait assez en avance) pour tenter de trouver la bonne caisse. Etant chargés comme des mulets avec en plus des provisions pour 2-3 jours, on décide de continuer les recherches en mode solo. Je me pose donc dans un coin avec toutes les affaires pendant que Laure va trouver les informations. Après 30 min, elle revient avec un papier où est écrit 00:00… La seule information qu’elle aura pu retirer est, probablement, l’heure à laquelle il faut aller pour changer nos billets. C’est du moins ce que l’on supposera car personne derrière les guichets ne parle un mot d’anglais… bonjour la galère…

Bref, on se dit qu’on laisse tomber pour l’instant et sans trop de souci, on va étaler toutes nos affaires dans la salle de repos. Notre train partant à 00:35, et les bons billets n’étant toujours pas en notre possession (il est 23h30), après quelques instants je décide à mon tour de tenter ma chance. Je me dirige vers une caisse et, dans un élan d’espoir inespéré, demande : do you speak english? La réponse fut simple : niet niet… ok tant pis, je lui donne quand même les billets électroniques et attends. On tente de communiquer, de se comprendre, c’est dur. Heureusement, une dame qui parle 3 mots d’anglais arrive derrière moi et m’aide (l’aide) comme elle peut.

billetsAu final, à 00:25, elle me donne les 4 billets (Moscou-Irkutsk / Irkutsk-Ulan Ude). On ramasse nos affaires en moins de 2 et on court vers le quai où nous attend sagement notre train. On fait contrôler nos billets à la provodnitsa (la personne qui sera pendant notre voyage : le contrôleur, l’agent d’entretien et notre hôtesse). On arrive dans notre cabine dans laquelle il y a déjà deux autres personnes, des russes. On a choisi de voyager en classe kupe qui est la deuxième classe, un compartiment fermé à 4 couchettes.

À 00:35, le train se met en branle et Moscou disparaît petit à petit, jusqu’à disparaître complètement. La provodnitsa nous apporte nos draps, on fait nos lits et on s’endort, bercés par le train.

19.08 Transsibérien Jour 1

Nous découvrons au réveil des paysages totalement différents de ceux que nous avons laissés en allant nous coucher. Des étendus de forêts défilent sous nos yeux. On prend notre premier petit déjeuné puis on se laisse emporter par le temps qui passe. Un temps à bord du train qui se vie différemment pour chacun. Comme il n’y a pas de repère durant la journée, et surtout aucune obligation, les heures tournent un peu au ralenti. Un samovar (un chauffe-eau) est disponible dans chaque wagon. Il nous permettra de préparer nos soupes en sachet achetées à Moscou et également boire du thé à longueur de journée. A 16h00 on en profite donc pour gouter à la première, pas si mal! Comme on a des sachets de thé à profusion mais qu’on a oublié le sucre, je décide d’aller à sa recherche lors d’un arrêt de 15min à Kirov (Vyatka). J’en trouverai dans un des nombreux petits kiosques situés le long des quais. A 22h15, on soupe des légumes crus, du pain, une soupe et un thé, avant d’aller se coucher.  Oui, la journée n’est pas des plus excitante! 🙂

20.08 Transsibérien Jour 2

levé du soleil

A bord du Transsibérien, on ne parle pas d’heure locale mais d’heure de Moscou. Dans toutes les gares que le train traverse, les horloges affichent également l’heure de Moscou. Ceci pour des questions de simplicité des horaires car le transsibérien, dans son parcours le plus long (Moscou-Vladivostok) traverse en tout 7 fuseaux horaires!  Nous, nous en traverserons 5.

A 9h13, on arrive à Iekaterinbourg, ville frontière entre Europe et Asie, à déjà 1400km de Moscou. L’arrêt de 1h me laisse le temps d’aller à la gare pour un peu recharger mon ordinateur car ça ne fonctionne pas dans le train. Je m’enfile dans un petit resto turc avec de la musique électro-orientale à ne plus s’entendre! Je commande un thé et m’installe à une table. Je sors mon ordinateur, plonge ma main dans mon sac pour en sortir mon chargeur et … **** le chargeur est dans le train… Je remballe tout mon commerce, je me redirige vers le train, emporte cette fois-ci ce dont j’ai besoin et retourne dans mon petit café. Il me reste 20min, c’est déjà ça!

Le temps qui passe devient de plus en plus étrange. Croyant qu’il est 18h, il s’avère être 14h. On vit toujours à l’heure de Moscou, mais on a déjà traversé 2 fuseaux horaires… c’est une sensation difficile à comprendre et encore plus à expliquer! A Tioumen, l’arrivée de Sergei apporte un peu de nouveauté. Sergei est un personnage dont tous les clichés que j’avais concernant les russes lui correspondent. D’après ce que l’on comprend (dans un anglorusse très hésitant) c’est qu’il travaille pour Siemens sur un bateau. Il serait donc marin (tchouc-tchouc) comme il aime nous dire, ça veut dire tout en bas de l’échelle. Il se rend à Khabarovsk, à l’est de la Russie pour y travailler.

Je parlais donc des clichés. Une bouteille de cognac pour débuter, suivi d’une de vodka . Ok c’est des 0.5dl… mais quand même! Il me dit en me montrant son verre : no problem, russian style! Ok on en reparle en fin de journée! Après, (comme on l’avait lu) les russes aiment déballer toute leur nourriture et la partager avec leurs voisins de cabine. En moins de 2, il ne restera plus 1cm carré de libre sur la table. Il nous propose toutes sortes de choses, des gros cornichons, un truc gluant tout blanc qui s’avère être le gras du lard, un sachet dont on a aucune idée de ce qu’il y a à l’intérieur (on est déduira que c’est en fait des pives de pins). Cette dégustation des produits du terroir se fera accompagnée de musiques russes. Drôle au début, après sa deuxième bouteille, il deviendra un peu désagréable. Durant la soirée, tellement ivre, il tombera de sa couchette… Quand je disais qu’on en reparlerait en fin de journée 🙂

déjeuner

21.08 Transsibérien Jour 3

Aujourd’hui je l’ai eu mon levé de soleil! Comme c’était tôt, je suis allé me recoucher. Après un moment de sommeil, j’entends d’une très petite voix : yaaanniiick? yaaanniiick? C’était Sergei qui voulait me propose du café! On se lève et on se dirige dans le couloir, le temps qu’il finisse de découper et déguster son poisson pas frais avec sa bière. Nous on attend juste qu’il finisse sa petite cuisine pour qu’on puisse aller à notre tour manger nos 250g de Nesquik tant attendus!

Après cet épisode, on arrive en gare de Novossibirsk. Un arrêt d’une heure nous permet de nous rendre dans la gare pour acheter quelques provisions et recharger nos appareils. En revenant dans notre cabine, on s’aperçoit qu’un nouveau type a pris la place de l’ancien. Il a l’air correct et même un peu timide. Mais ça… c’était au début… Vers 14h, notre ami Sergei invite notre nouveau voisin Richard pour partager le repas. Et hop c’est reparti, cognac, vodka, bières, tout coule à flot! Moi je suis couché sur ma couchette en train de lire. Soudain j’entends Sergei : Yannick? vodka! Comme ça en milieu d’après-midi, ça me tente pas trop… Alors je refuse. Mais il insiste, alors je re-refuse, il sort de la cabine et revient avec un verre. Bon ok, je crois que j’aurai pas le choix… si c’est la tradition alors je veux bien. Richard dit : tchouc tchouc! Moi je dis : da da tchouc tchouc! On boit cul sec (parce que ça se fait comme ça) : Na zdarovié! Après ils me font comprendre que la tradition c’est 3 verres. Ok je vous suis encore pour les deux prochains mais après fini! Bref ils essaieront de m’en renfiler encore et encore mais j’en ai assez.. Après ce petit apéritif, on parlera de la guerre 14-18, de Gorbatchev, on essaie de leur expliquer le rôle de la Suisse pendant la guerre 39-45, ils comprennent rien (ok on est pas super calés en histoire non plus).

Richard (à gauche) et Sergei (à droite)

Richard (à gauche) et Sergei (à droite)

Après avoir refait le monde, Laure et moi décidons de jouer aux cartes. Ils nous disent : together! mais on ignore. Après 2 parties ils insistent vraiment alors on se dit que ça peut être drôle de jouer avec eux. Ils distribuent, on commence de jouer à un jeu dont on ne comprends rien aux règles, tantôt on gagne, tantôt on perd, on sait pas ce qui se passe mais c’était amusant! Après on se sauve dans le wagon restaurant pour être un peu plus tranquille. On fait quelques parties et puis surprise! Les voilà qui arrivent… On se sent observé, ils comprennent qu’on les fuit. Ils commandent une nouvelle bouteille de vodka alors que nous retournons en cabine. Laure fait connaissance avec tous les enfants qui sont dans notre wagon. On apprend qu’il y a deux familles ukrainiennes qui fuient la guerre et qui n’ont pu emporter que 4 valises avec elle alors que le reste restera en Ukraine.

sergei parterre

Après un moment, voilà Richard qui arrive. Sa femme (qui est dans une autre cabine) l’aide à le mettre au lit et il ne lui faudra pas plus de 2 secondes pour dormir. Elle range tout leur commerce sur la table pour nous faire un peu de place et on fini de souper avant de se coucher. Sergei arrivera complètement bourré quelques instants après. Il se couche, tombe à terre. On le remet au lit, il tombe à nouveau… ok tu tomberas pas plus bas. Il passera toute la nuit parterre! Ça, c’était une journée mouvementée 🙂 !

21.08.2014 Transsibérien Jour 4

Dernier jour de train avant l’arrivée à Irkutsk. Comme la notion du temps n’a plus aucune importante, on se lève quand on veut. Les paysages sont maintenant fait de verdure, de petits villages constitués de maisons en bois avec des volets colorés, de plaines, des sommets au loin. On passera la fin du voyage en compagnie des familles ukrainiennes en essayant de comprendre leur situation, de leur expliquer la vision que l’on a en Suisse de ce conflit. Ne parlant que peu anglais, on essaie tant bien que mal de les comprendre!

16h20 (heure de Moscou), 21h20 (heure locale), nous arrivons en gare d’Irkutsk. La ville est très différente de Moscou. Les routes sont mauvaises, les bus dans un sale état, mais les gens ont l’air au contraire plus ouverts. Comme écrit sur notre réservation, on doit monter dans le bus numéro 20 qui est sensé nous amener proche de notre auberge. On sort à l’arrêt mentionné et surprise! on a aucune idée d’où on se trouve alors on demande à une passante de nous aider, ce qu’elle fait volontiers. 35min de marche plus tard, on arrive enfin à notre auberge. Eeenfiiiin….

Voilà, voyager à bord de ce train fut une réelle expérience. Malheureusement, on aura eu quelques dérangements mais dans l’ensemble on aura fait de belles rencontres et on est content de l’avoir fait!

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